En ce début d’année 2026, le constat est sans appel et le gouvernement doit revoir sa copie. Ce gouvernement bourgeois et illégitime a de nouveau utilisé le 49.3 pour adopter par la force un budget qui met au pas des services publics au profit d'une guerre impérialiste.
Depuis 2017, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de mettre à sac les services publics et en particulier le service public d’éducation. Pourtant, il ne tenait qu’à Sébastien Lecornu de proposer un budget à la hauteur des attentes des personnels. Il manque encore aujourd’hui de nombreux·euses enseignant·es face à des classes toujours trop chargées. Il manque également 40 000 AESH pour accompagner les élèves en situation de handicap, notamment en lycée professionnel où ielles sont cinq fois plus nombreux·ses.
Pourtant, face à cette désertion criante, le Ministère ne réagit pas. En dix ans, le nombre de candidat·es inscrit·es aux concours de recrutement a baissé de plus de 40%, passant de 35 000 en 2016 à 20 000 aujourd’hui. Cela s’explique par des salaires trop bas et un manque de moyens inacceptable qui rend les conditions d’exercice difficiles. Il s’agit également de l’un des employeurs qui précarisent le plus en maintenant des salarié·es sous le seuil de pauvreté : de trop nombreuses AESH touchent moins de 1000 euros par mois en se voyant imposer un temps incomplet à 24 heures. SUD éducation appelle le gouvernement à la raison et demande la création d’un corps de fonctionnaires pour les AESH et les AED avec une titularisation immédiate des personnels déjà en poste. Le récent rejet de la proposition de loi par le Sénat, soutenu par le gouvernement, est inadmissible. Dans l’immédiat, il faut augmenter les salaires de manière significative pour lutter contre la pauvreté et supprimer les PAS, qui imposent des avenants aux contrats inadmissibles, entraînant des licenciement odieux si les AESH les refusent.
Si la réforme du recrutement est enfin mise en place, SUD éducation rappelle l’importance de la formation pour les futur·es enseignant·es et exige une rémunération minimale à hauteur de 1800 euros net pendant deux ans, que les futurs personnels soient titulaires d’un master ou non. En outre, à l'heure où l'EN revendique un esprit d'entreprise, SUD éducation exige pour ces futures formations le respect de la liberté académique des professeur·es de l’INSPE et refuse qu’elles ne servent qu’à former des exécutant·es. Nous nous inquiétons par ailleurs du sort qui sera proposé aux candidat·es de L3 inscrit·es aux concours et dénonçons l'utilisation des lauréat·es des concours comme des moyens d’enseignement pendant leur temps de formation. Nous revendiquons des périodes de responsabilité en M2 limitées à un maximum d’un tiers de service.
Le budget 2026 aurait dû nécessairement prévoir une baisse des effectifs par classe pour améliorer les conditions d’apprentissage des élèves et de travail des personnels. Pour cela, le ministère doit profiter de la baisse démographique et baisser les effectifs des classes à hauteur de 20 élèves dans le premier degré et 25 dans le second (16 en éducation prioritaire et 20 en bac professionnel). Le budget Lecornu qui entérine des suppressions de postes est une catastrophe qu'il faut absolument contrer : SUD éducation va se rapprocher des autres OS pour construire une mobilisation unitaire. D’ores et déjà des syndicats SUD locaux œuvrent pour mettre en place des AG locales et inciter les collègues à se mobiliser dès les mois de février et mars.
Concernant le lycée professionnel, si SUD éducation salue l’abandon du parcours dit « en Y » à la rentrée 2026, nous nous montrerons très attentif·ves au projet qui aboutira des actuelles concertations du cabinet ministériel avec les syndicats quant à la réflexion menée autour de la voie professionnelle. Nous rappelons que toute évolution sans moyens humains et financiers supplémentaires serait totalement vouée à l’échec. Il est indispensable d’investir massivement dans les plateaux techniques afin de permettre le développement de nouvelles formations, notamment en lien avec la transition énergétique et d’élargir les choix offerts aux élèves. Par ailleurs, les contraintes de mobilité géographique sont un facteur majeur d’orientation subie. Nous demandons l’ouverture d’une réflexion quant à une aide financière aux déplacements, afin de permettre aux élèves d’accéder aux formations souhaitées et de limiter les risques de décrochage. Enfin, il est nécessaire de prévoir une rénovation du bâti scolaire et un désamiantage urgent. Trop de personnels et d’élèves sont encore aujourd’hui exposé·es au danger de l’amiante. Par ailleurs, les températures dans les établissements ont encore battu des records de froid ce mois-ci alors que SUD éducation alerte depuis longtemps, notamment dans le cadre de l’AES, sur le manque d’isolation thermique des bâtiments qui expose personnels et élèves à des températures dangereuses pour la santé.
La situation est aussi dramatique pour les milliers d’élèves sans toit et leurs familles. Les “plans froids” annoncés par les préfectures sont très en deçà des besoins les plus élémentaires, alors même que les services d’hébergement sont débordés. SUD éducation ré-affirme la nécessité pour tou·tes les enfants d'être scolarisé·es quelle que soit leur situation administrative. Les MNA en recours doivent bénéficier des mêmes droits d'accès à l'éducation que les autres élèves.
Dans l’Enseignement supérieur et la Recherche, si 75% des universités étaient en déficit en 2025, la totalité d’entre elles le seront vraisemblablement en 2026. Le gouvernement fait le choix de ne pas compenser des mesures budgétaires (CAS pension, GVT…) qu’il impose aux établissements les mettant en grande difficultés. Cela entraîne des conséquences désastreuses pour l’emploi, les conditions de travail et de formation, la recherche, les étudiant·es. Le PLF 2026 consacre une nouvelle fois une diminution des crédits pour l’ESR face à l’inflation et une dégradation des conditions de travail et de formation. De plus en plus de collègues sont précaires. La recherche s'organise sous forme de projets, avec des contrats qui ne protègent pas. Le ministre P. Baptiste a annoncé la tenue d’ “Assises sur le financement des universités”, une manière de mettre sur la table la nécessité pour les établissements de trouver des fonds propres, à travers l’augmentation des frais d’inscription (déjà effective pour les étudiant·es extra-communautaires) ou la formation continue et la taxe d’apprentissage. La déréglementation générale du service public de l’ESR se poursuit. Fidèle à la ligne macroniste alliant ultra-libéralisme et autoritarisme, les décrets de la loi « relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur » ont été publié en décembre 2025 et notamment l’article 3 relatif à la procédure disciplinaire qui renforce les pouvoirs des président·es des universités contre de prétendus “troubles à l’ordre publics” aux contours assez flous et subjectifs. SUD éducation réaffirme son opposition aux dispositions dérogatoires à l'indépendance des enseignants-chercheurs, aux libertés académiques et à la liberté d'expression des étudiant·es comme des personnels au sein des établissements de l'ESR. Une procédure d'exception lourde de conséquences pour l'avenir et qui serait un instrument dangereux dans les mains d'un pouvoir autoritaire et d'extrême-droite lui permettant de mettre au pas toute contestation.
Cette casse du service public entraîne irrémédiablement une montée en force de l’extrême droite et de ses idées dans la société. Les échéances électorales de mars 2026 sont cruciales et de nombreuses municipalités peuvent basculer aux mains du RN et de ses allié·es. Les mairies sont les collectivités territoriales qui possèdent la gestion des écoles et il existe un réel danger quand les services publics sont administrés par des conseils municipaux d’extrême droite. Elle est l’ennemie des services publics, elle est aussi l’ennemie des travailleurs·euses et organise la répression dès lors qu’elle est aux manettes. En témoigne l’acharnement antisyndical que subit à Hénin-Beaumont, mairie RN, notre camarade Djelloul Khéris, élu SUD CT du personnel. SUD éducation apporte par ailleurs son soutien à la librairie·café féministe, lesbienne et LGBTQIA+ Violette and Co, qui a subi une perquisition sauvage en janvier 2026, ainsi que des dégradations et des retraits de subventions; ces attaques s'inscrivent dans un contexte plus large d'offensive réactionnaire contre tous les espaces de résistance culturelle.
De plus, la police, et l’usage qui en est fait par le gouvernement sont au cœur du racisme systémique que nous dénonçons, comme en atteste la mort récente d’El Hacen Diarra lors d’une garde à vue. La violence policière a été élevée au rang d’outil politique quotidien, comme le documentent encore les prises de son des CRS et gendarmes mobiles à Sainte-Soline, faites par leurs propres caméras piétons. Et plutôt que de s’en offusquer, le ministère de l’intérieur a préféré soutenir une proposition de loi LR visant à présupposer la légitime défense de tout-e représentant-e des FDO qui ferait usage de son arme de service. Les abords des établissements scolaires sont aussi devenus le terrain de jeu des polices et gendarmeries. SUD éducation dénonce la systématisation des fouilles policières d’élèves. Ces fouilles, qui stigmatisent les établissements populaires et les élèves non blanc·ches, contribuent à normaliser les discriminations dont souffrent les élèves par ailleurs.
La diffusion dans la société des idées fascistes nous rappelle qu’elles naissent et se nourrissent des oppressions et violences qui structurent notre société : racisme, sexisme, validisme et LGBTIphobies. En tant que syndicat de transformation sociale, SUD éducation appelle l’ensemble des personnels à se mobiliser lors de la journée de grève du 8 mars pour la journée internationale des droits des femmes. Elles sont les premières victimes de l’austérité et de la précarité. Au travail et à l’école nous devons lutter contre les oppressions qu’elles subissent. C’est pour cette raison que nous devons poursuivre la campagne contre les violences sexistes et sexuelles sur nos lieux de travail en imposant à nos hiérarchies de prendre en compte les VSST et auprès du ministère en lui imposant de répondre à ses obligations. C’est pourquoi encore, SUD éducation continue de revendiquer les moyens nécessaires pour une mise en place effective de l’EVAR·S, le soutien de l’administration face aux entraves et attaques auxquelles se heurte cette indispensable éducation. Durant la semaine d’éducation et d’actions contre le racisme nous devons nous mobiliser pour nous opposer à la dépolitisation de ce moment par le ministère et en faire une semaine de mobilisation et de visibilisation des mécanismes structurels du racisme dans l’ensemble de la société, de l’école au travail. Le 21 mars en particulier nous serons mobilisé·es pour dénoncer l’institutionnalisation du racisme à l’école, l’instrumentalisation croissante de la laïcité à des fins racistes et toutes les formes de violences et de répressions que les travailleur·euses non blanc·ches subissent.
SUD éducation se joint aux mouvements paysans contre le Mercosur et contre la réaction brutale du gouvernement face à l'épidémie de dermatose nodulaire et réaffirme la nécessité de mettre fin au système capitaliste agro-industriel actuel. Nous nous tenons aux côtés de nos camarades de la Confédération paysanne qui luttent pour une agriculture à taille humaine, qui préserve la biodiversité et les écosystèmes tout en maintenant notre sécurité alimentaire et notre santé. Nous leur apportons tout notre soutien face à la répression que leur oppose le gouvernement.
À l’international, l’impérialisme économique favorise la montée de l’extrême droite et génère des guerres et des crises dont les populations sont les premières victimes. SUD éducation condamne avec toute sa force la politique coloniale de Donald Trump au Vénézuela et l’enlèvement du président Nicolas Maduro. Nous soutenons les organisations syndicales, le mouvement féministe, les peuples originaires qui luttent contre les lois antisociales du gouvernement et pour la libération des prisonnier·es politiques. Cette même politique coloniale est à l'œuvre dans la France de Macron en Kanaky et les autres territoires ultramarins : Mayotte, Martinique, Guyane … Face aux ambitions expansionnistes au Groënland comme ailleurs, SUD éducation réaffirme le droit à l’autodétermination de tous les peuples. En Iran, la dictature en place depuis plus de 40 ans doit écouter le soulèvement populaire et cesser de tuer les opposant·es au régime. La communauté internationale doit soutenir au plus vite une transition démocratique de régime, sans toutefois remettre en place la monarchie à la botte des puissances occidentales. Le génocide à Gaza doit enfin cesser, Benyamin Netanyahou doit retirer toutes les forces militaires des enclaves palestiniennes qui doivent retrouver leur souveraineté ; un terme doit être enfin mis à l'apartheid à laquelle sont soumis·es les Palestinien-nes à l'intérieur de l’ensemble de la Palestine historique. La communauté internationale doit condamner le plus fermement possible les massacres perpétrés au Rojava menés par le gouvernement syrien actuel avec la complicité des États-Unis, d’Israël et de l’Europe. La guerre en Ukraine est une catastrophe pour les populations, l’ensemble de la communauté internationale doit exiger le retrait des troupes russes de tout le territoire ukrainien. Enfin, nous apportons tout notre soutien à toutes les victimes de l’ICE, ainsi qu’aux collègues de l’enseignement et aux élèves qui sont chassé·es et déporté·es. En un an, 230 000 personnes ont été arrêtées et expulsées. Ces pratiques autoritaires, abusives et racistes doivent cesser et les élèves mis·es en danger par l’administration Trump doivent pouvoir retourner en toute sécurité en classe, dans les rues, avec leurs familles, sans poursuites.
SUD éducation s’appuie sur son réseau syndical international de solidarité et de luttes pour porter les revendications des organisations syndicales dans ces pays. Face à l’intensification des conflits et des agressions impérialistes, le gouvernement français poursuit une politique de militarisation de la société. SUD éducation dénonce la mise en place d’un service national dont la phase de recrutement vient de s’ouvrir et au service duquel l’école est enrôlée. Face à la fascisation sociale et politique de la France, face à la course internationale aux armements, face à de probables agressions impérialistes à venir, il nous semble crucial que notre fédération et notre union interprofessionnelle portent avec les autres organisations du mouvement social une réflexion sur la question cruciale de l’autodéfense populaire autogérée, à moins de consentir implicitement à ce que la défense soit prise en charge par un État autoritaire.
