Déclaration liminaire à la F3SCT‑A des SUD éducation de l’académie de Nantes – 12 mars 2026

Madame la Rectrice, mesdames et messieurs,

À la lecture de l’ordre du jour et de la nature des documents transmis, SUD éducation refuse de s'inscrire dans le rôle de simple figurant auquel vous tentez de nous assigner. Les services du rectorat ont beau jeu de parler de dialogue social, une question s'impose : sommes-nous réuni·es aujourd’hui pour travailler réellement à la prévention des risques professionnels ou simplement pour servir de chambre d’enregistrement de décisions déjà actées par l’administration ?

La manœuvre est flagrante : la quasi-totalité des points vitaux de cette séance est présentée « pour information ». Bilans VDHA-VSS, bilan de l’ISST, accidents de service, maladies professionnelles, programme annuel de prévention, plan amiante… Autrement dit, les sujets les plus critiques pour la santé physique et mentale des personnels sont évacués du débat contradictoire. Pour SUD éducation, ce n'est pas une simple erreur de forme, c’est une neutralisation politique de l’instance.

Nous vous rappelons avec fermeté que la Formation Spécialisée n’est pas un canal de communication descendante. Elle est, par la loi et par sa fonction, un lieu d’analyse du travail réel et un lieu de délibération.

Ce sentiment d’une instance « sous tutelle » est aggravé par l’indigence de nombre de documents préparatoires. En nous fournissant des présentations lacunaires et des généralités déconnectées du terrain, l’administration organise une opacité qui empêche toute analyse sérieuse. La tardiveté de mise à disposition des documents préparatoires, quand ils existent, rend impossible notre mission de prévention et de représentation des personnels. Depuis la suppression des CHSCT, nous constatons que la prévention s’étiole au profit d’une gestion administrative désincarnée. La F3SCT fonctionne aujourd’hui avec une volonté politique d’intervention réduite à néant par l'administration. 

Une organisation du travail pathogène et toxique

Derrière ce verrouillage administratif, la réalité est celle d'un effondrement. Dans les écoles, les collèges, les lycées et les services du département, les personnels subissent une dégradation méthodique et organisée de leurs conditions de travail, par les autorités administratives et les hiérarchies intermédiaires.
L’augmentation de la charge administrative, le manque chronique de moyens humains, les injonctions contradictoires et la multiplication des réorganisations ne sont pas des aléas : c’est le visage d’une organisation du travail intrinsèquement pathogène. Les bilans que vous présentez aujourd’hui ne sont pas de simples données froides : ils sont le signal d’une faillite de votre obligation de résultat en matière de sécurité. Chaque burn-out, chaque démission, chaque arrêt maladie prolongé est le résultat d'une gestion qui ignore le vivant. Madame la Rectrice, en tant qu'employeur, votre responsabilité est ici directement engagée.

Le scandale du lycée Touchard-Washington : l'inertie coupable

Le cas du lycée Touchard-Washington illustre jusqu’à la rupture cette inertie coupable. Par courrier en date du 9 mars 2026, l'Inspectrice d'Académie confirme la suspension du proviseur. On y apprend que cette mesure conservatoire fait suite à une enquête administrative menée par l'IGESR au second semestre 2025.
Mais ne comptez pas sur SUD éducation pour saluer votre réactivité. Cette décision intervient neuf mois après que cette instance a rendu les conclusions d'une enquête accablante en mai et juin derniers. Neuf mois durant lesquels vous avez délibérément laissé des collègues exposés à un management reconnu toxique et dangereux. Vous saviez, et vous n’avez rien fait. Cette mise à l’écart brutale, opérée sans aucune transparence, ressemble à une gestion de crise médiatique là où il aurait fallu une protection immédiate. Si SUD éducation se réjouit de cette suspension du Proviseur de l'établissement, nous dénonçons une stratégie du pourrissement qui place la préservation de la hiérarchie au-dessus de la santé des agent·es.

En chargeant aujourd'hui un proviseur par intérim de veiller à la mise en œuvre de conditions « sereines et respectueuses d'exercice pour toutes et tous », vous reconnaissez enfin — mais bien trop tard — que le cadre de travail était devenu insoutenable, en raison de votre inaction coupable et de votre refus manifeste de protéger les personnels dont vous avez la charge. Vous portez, en tant qu'employeur, la responsabilité de l'impact sur la santé des agent·es de ces atermoiements. SUD éducation demande maintenant des sanctions à l'encontre du Proviseur. Par ailleurs nous dénonçons que cette situation n'aie pas fait l'objet d'un point spécifique explicite dédié dans l'ordre du jour de cette instance.

Comme vous le savez, la situation des personnels au sein du Lycée Duplessis-Mornay de Saumur s'est encore fortement détériorée début février. Nous vous alertons en vain depuis de nombreux mois sur le danger encouru par les personnels de l'établissement. Pourtant, les similitudes avec le Lycée Touchard-Washington sont inquiétantes, comme nous l'affirmions dès la séance du 13 mars 2025. Ici encore, votre responsabilité est engagée.

Des outils de prévention vidés de leur sens : visites, amiante...

Cette même légèreté se retrouve dans le suivi des préconisations issues de nos visites, souvent restées lettre morte, ou encore sur le dossier de l’amiante. La transparence n'est pas une option. Des personnels continuent d’exercer dans des bâtiments dont l’état réel est occulté. Nous exigeons une mise en œuvre effective des mesures de protection, et non des promesses de « suivi » sans calendrier ni moyens. Le fiasco du GT sur le plan académique de prévention et le manque flagrant de sérieux et d'ambition de la mise en œuvre du Plan Amiante Ministériel en sont de bonnes illustrations.

Santé au travail et égalité : l'exigence du droit

La reconnaissance des douleurs menstruelles et de l’endométriose dans l’organisation du travail est une urgence sociale. Nous revendiquons l'application immédiate de ces droits : la santé des femmes ne doit plus être l’angle mort de votre politique de prévention.

Pour Solidaires et SUD éducation, le 8 mars, c'est toute l'année ! Quelques jours après les mobilisations, SUD éducation rappelle que la santé au travail est indissociable de la lutte contre les inégalités de genre. Le jugement rendu par le Tribunal administratif de Nantes le 7 janvier 2026 rappelle que « l’autorisation spéciale d'absence entre dans le champ d’application de l’article L. 622-1 du code général de la fonction publique au motif que les règles douloureuses et l’endométriose affectent directement la vie personnelle et familiale des agents et répondent ainsi à la notion d’événement familial » et que « la liste des motifs de l’article L. 622-1 du code général de la fonction publique n’est pas limitative de sorte que des autorisations spéciales d'absence peuvent être instituées par des circulaires ou des instructions, notamment pour des motifs médicaux ». SUD éducation vous demande donc de publier une circulaire académique enjoignant les chef·fes de service, chef·fes d'établissement et IEN d'accepter systématiquement les demandes d'autorisation d'absence pour les motifs de douleurs menstruelles et d'endométriose.

Madame la Rectrice, l’Éducation nationale traverse une crise d’attractivité majeure, fruit direct de salaires de misère et de conditions de travail dégradées. Si vous voulez que cette formation spécialisée soit autre chose qu’un simulacre, vous devez accepter de parler du travail réel et de vos responsabilités de donneuse d’ordre.
SUD éducation continuera d’opposer le rapport de force politique à votre gestion managériale déconnectée des besoins humains. Nous porterons sans relâche les alertes des personnels et nous exigerons que l’employeur public rende des comptes pour chaque agent·e dont la santé aura été sacrifiée.

L'extrême-droite est un poison mortel

Pour finir, SUD éducation réaffirme son refus catégorique du fascisme ambiant. À quelques jours et quelques mois d'échéances électorales majeures, l'extrême droite est toujours un danger mortel. Rétablissons les faits, l'antifascisme n'existe que parce que le fascisme existe. L'école et l'éducation nationale sont sensées jouer un rôle majeur dans la lutte contre les discriminations, contre le racisme et la xénophobie. Dans sa recherche "Le bras long du travail" publiée en février 2024 par l'IRES, l'économise et statisticien Thomas Coutrot, chef du département conditions de travail et santé de la DARES au Ministère du Travail, établit un lien direct entre le vote RN et "la possibilité de s’exprimer dans des réunions formelles sur l’organisation et les conditions de leur travail". Cette recherche explicite également le fait "qu’en cas de problème, « la direction décide seule des solutions qui lui semblent adaptées »" est un élément de défiance qui constitue un des ressorts du vote RN.

Les différentes réformes institutionnelles et du travail ont petit à petit érodé et cassé les digues qui protégeaient nos institutions de l'extrême-droite. Nous, organisations syndicales, sommes le dernier rempart de nos institutions face à l'autoritarisme, au totalitarisme et au fascisme. Nous discréditer, bafouer et nier nos droits, nous rabaisser auprès des collègues, ne font que fragiliser cet ultime rempart à l'infamie. Siamo tutti antifascisti.